Que faire face à un arrêt suspect
Arrêt maladie abusif, que faire ? Les quatre leviers de l’employeur.
Un arrêt de travail détourné de sa finalité n’autorise aucune réaction précipitée. L’employeur avance par paliers, du moins intrusif au plus engageant, et confondre ces leviers fragilise toute décision ultérieure. Le contexte 2026 renforce la vigilance : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 plafonne la durée des arrêts prescrits à compter du 1er septembre 2026 et impose au médecin d’en mentionner le motif.
1. La contre-visite médicale
Dès lors qu’il verse un complément de salaire, l’employeur peut mandater un médecin pour contrôler le bien-fondé de l’arrêt, au titre de l’article L. 1226-1 du Code du travail. Le décret n° 2024-692 du 5 juillet 2024 en fixe les modalités : le médecin se présente sans préavis au domicile ou convoque le salarié à son cabinet, et se prononce sur le caractère justifié de l’arrêt, y compris sa durée. Si l’arrêt est jugé injustifié, ou si le salarié se soustrait au contrôle, l’employeur peut suspendre le complément de salaire.
2. Le signalement à la CPAM
En parallèle, l’employeur peut adresser à la Caisse primaire d’assurance maladie une demande de contrôle motivée. La CPAM vérifie la présence aux heures de sortie interdites et la justification médicale de l’arrêt, et peut suspendre les indemnités journalières. Ce levier agit sur les sommes versées par la Sécurité sociale, pas sur la relation de travail.
3. L’enquête de détective privé
Contre-visite et contrôle CPAM partagent une même limite : ils constatent une situation à un instant donné, au domicile. Ils ne révèlent ni une activité exercée à l’extérieur, ni sa répétition dans le temps. Lorsque le salarié est absent lors du contrôle, ou trompe le médecin contrôleur, le doute persiste. C’est là qu’intervient l’enquête de détective privé : elle documente, dans les lieux ouverts au public, le comportement réel du salarié et son éventuelle incompatibilité avec l’arrêt déclaré.
4. La sanction disciplinaire
Une fois les faits établis, l’employeur peut engager une procédure proportionnée, jusqu’au licenciement pour faute grave si l’activité est concurrente. La sanction se fonde sur un manquement à la loyauté caractérisé, jamais sur l’état de santé, qui ne constitue en lui-même aucun motif de rupture.
Le point décisif. La contre-visite médicale ne permet que de suspendre le complément de salaire. Elle ne fonde, à elle seule, aucune sanction ni aucun licenciement. Pour sanctionner, l’employeur doit démontrer un manquement à l’obligation de loyauté, c’est-à-dire une activité concurrente ou un comportement objectivement préjudiciable. Seul un constat factuel, daté et recevable permet de franchir ce pas. C’est l’objet de l’enquête.
Notre méthode
Cinq étapes pour transformer un soupçon en dossier exploitable.
La méthode INVENY est calibrée sur les exigences de la chambre sociale : proportionnalité, périmètre public, durée mesurée, recoupement, formalisation. Chaque étape réduit le risque que le rapport soit écarté en prud’hommes lorsque le dossier va au contentieux.
Cadrage initial avec l’employeur et l’avocat
Entretien soumis au secret professionnel, dans le cadre général des enquêtes pour entreprises menées par le cabinet. Recueil du faisceau d’indices déjà disponible (alertes RH, témoignages internes, profils publics, éléments déclarés par le salarié). Qualification de la base juridique mobilisée : article L. 1222-1 du Code du travail (exécution loyale du contrat). Cadrage du périmètre utile et proportionné. Aucune donnée médicale n’est sollicitée.
Contrat de mission et devis
Devis détaillé sous 24 heures, gratuit et sans engagement. Si validation, signature d’un contrat de mission conforme à l’article R. 631-30 du Code de la sécurité intérieure : définition précise de la mission dévolue et du cadre juridique dans lequel elle s’inscrit, périmètre temporel, durée de filature, rendu attendu.
Filature et constats sur la voie publique
Surveillance limitée aux lieux ouverts au public, durée calibrée sur l’objet du litige. Aucun accès au domicile, aucune intrusion. La Cass. 1re civ. 25 février 2016 (n° 15-12.403) rappelle que la proportionnalité de la surveillance s’apprécie au regard du périmètre observé et de sa durée. Photographies datées, observations horodatées, recoupement des constats sur plusieurs journées.
Constat de commissaire de justice en appui (optionnel mais recommandé)
Si les premières observations confirment le soupçon, l’employeur ou son avocat peut mandater un commissaire de justice, en coordination avec le cabinet, pour constater matériellement les faits dans des conditions régulières. La Cass. soc. 6 décembre 2007 (n° 06-43.392) a admis un tel constat dressé à la suite d’une surveillance, dès lors qu’il se limitait à des constatations matérielles dans un lieu ouvert au public. Le commissaire de justice conserve son indépendance, INVENY ne le mandate jamais directement.
Rapport circonstancié et débriefing avec l’avocat
Rédaction d’un rapport circonstancié rédigé selon les exigences probatoires du dossier : identification du mandant, finalité, méthode, sources consultées, constats objectifs datés et horodatés, photographies en annexe. Pour approfondir les conditions de recevabilité du livrable, voir notre article le rapport de détective privé recevable en justice. Briefing oral avec l’avocat pour expliciter les constats et faciliter leur exploitation en procédure disciplinaire ou prud’homale.